Chronique marine #13

Une année sans naviguer... Ce fut comme un purgatoire. Pas tout à fait l'enfer, mais pas le paradis. J'ai fait dix milles jobs, n'importe quoi pour me tenir occuper. Dresser des chiens, enseigner le ski et l'équitation, vendre des équipements sportifs, étudier en marketing à Concordia, n'importe quoi, en continuant d'envoyer mes C.V. à tout vent. Et cela à finalement porté fruit. J'ai reçu une offre d'emploi d'une compagnie allemande, qui cherchait des officiers ayant l'expérience des glaces pour des navires réfrigérés... Belle blague n'est-ce pas!!! Ces navires transportaient des bananes, ananas et autres fruits des pays du sud vers nos pays plus nordiques et leurs équipages philippins n'avaient aucune expérience de nos températures.

Tout ce fit par fax et lettres. Le contrat signé, je reçu quelques semaines plus tard mon premier assignement sur le M.V. Pecan, et le billet d'avion pour le rejoindre aux Canaries. Le rêve... Une seule petite note discordante, je n'avais en aucun moment mentionné à cette compagnie que j'étais une femme. Ce n'était pas vraiment un mensonge, seulement une omission.

Le grand jour fini par arriver. J'en ai des papillons dans l'estomac. Nous sommes au début avril, la température est agréable, et s'il reste un peu de neige chez nous, Montréal est sur l'asphalte ou plutôt le bitume pour ne pas employer d'anglicisme.

Le voyage fut long. Vol de Montréal à Madrid sur Ibéria, puis de Madrid à Las Palmas. Mais quel vue, du haut des airs. Ce chapelet d'îles, comme un collier d'émeraudes sur un canevas de velours bleu royal, une parure pour laquelle bien des nations se seraient battues. J'ai eu un peu de temps pour explorer cette île, le Pécan n'étant attendu que pour le lendemain, et la température en ce mois d'avril y était idéale. Les touristes étaient rares, les rues pleines de la vie du quotidien, les gens beaux et souriants. J'ai marché longtemps, sans but, un sourire idiot plaqué sur mon visage. Je me suis assise à une terrasse, manger un plat local de riz et de fruits de mer, but un verre de vin un peu lourd mais délicieux, du moins c'est ainsi que je me le rappelle. Tout était si parfait que j'aurais pu en pleurer. J'aurais voulu que le temps s'arrête!

Mais la terre tourne et les navires finissent toujours par rentrer au port.

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